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Archives Mensuelles: juillet 2012

Sat. 21st July – Le nouveau gouvernement en action

En place depuis une semaine, le nouveau gouvernement de la province a décidé d’agir face à la sécheresse qui sévit, en conséquence d’une mousson moins mouillée qu’à l’ordinaire. Le nouveau chef-ministre a annoncé qu’il en faisait sa priorité le jour même de son accession au pouvoir et le résultat ne s’est pas fait attendre: une semaine plus tard, l’action est lancée!

Pourquoi se fatiguer à faire soi-même ce qu’on peut faire faire par les autres, en particulier quand les autres sont Tout-Puissants: le gouvernement a ordonné à tous les temples d’organiser des rituels spéciaux en l’honneur de Varuna, le Dieu de la pluie. Et a débloqué pour ce faire un budget de quelque 200 millions de Rupees. J’en reste sans voix! En voilà une action politique imparable!

Mais si tout ça est affaire de Dieux et de prières, pourquoi exactement a-t-on besoin de ce gouvernement?

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Publié par le 21/07/2012 dans Uncategorized

 

Wed. 18th July – Pour quelques papiers de plus

Une fois n’est pas coutume, je me retrouve de bon matin dans la file des étrangers qui prennent du bon temps en Inde à remplir des papiers et les soumettre à l’office des étrangers. Ca faisait bien un mois que je n’étais pas venu, ils devaient se sentir négligés. Cette fois l’affaire est un peu différente: je ne demande pas un permis de travail, mais un permis de cohabiter avec ma femme. Dans la confusion, j’ai bien dû venir 3 fois parce que les documents requis ne sont pas les mêmes. Par exemple, avant j’avais besoin d’une lettre de Google Inde comme quoi je travaille pour eux. Maintenant, j’ai besoin d’une lettre de Google Inde comme quoi je ne travaille pas pour eux, voyez la nuance? Par chance, je n’ai pas besoin d’une telle lettre de la part d’Infosys, de Yahoo, de Microsoft, du marchand de thé du coin, etc. pour qui pourtant je ne travaille pas non plus.

Enfin bon, quelques signatures plus tard, mon dossier est absorbé par l’hydre administrative aux mille guichets, mais… pas de permis.

A l’inverse des visites précédentes, où j’avais reçu un permis de séjour le même jour, cette fois mon dossier est envoyé dans un autre organe du monstre pour y être digéré et j’aurai (peut-être) mon papier d’ici un mois. Et donc, entre l’expiration de mon permis actuel dans 2 semaines et l’arrivée éventuelle du suivant, je vais rejoindre le club très select des étrangers illégaux et autres sans-papiers.

Les médias et nos chers hommes politiques en Europe se délectent à présenter l’étranger illégal comme une sorte de canaille perfide qui entre dans notre petit pays douillet par effraction dans le but ingrat de le piller (alors que dans notre grande mansuétude on l’héberge et le nourrit à l’auberge fleurie du « centre 127bis« !), de nous prendre le bras quand on lui offre le doigt (oui, souvent celui-là), de nous mettre sur la paille etc. etc. Une espèce de renégat qui mérite la potence, la déportation, voire les deux à la fois (oui monsieur, on peut monter une potence dans l’avion charter, d’ailleurs ça s’est vu une fois ou l’autre).

J’espère secrètement que ma très grande faute de n’avoir pas réussi à deviner puis rassembler tous les documents requis et soumettre ma demande dans le temps imparti ne me mènera pas au pilori. Que ma misérable personne n’attirera pas le courroux et l’opprobre d’un officiel ou d’un de leurs dieux. Je vais de ce pas brûler quelques cierges pour le dieu des papiers.

 
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Publié par le 18/07/2012 dans Uncategorized

 

La politique

Les Indiens se considèrent souvent comme les éternels seconds derrière les Chinois: en terme de population, de croissance, d’acteur politique ou économique influent dans la région, et sont très déçus de ne pas pouvoir en découdre avec les Chinois sur le champe de bataille d’un terrain de cricket, faute d’équipe adverse.
Par contre, ils se targuent souvent d’être la plus grande démocratie du monde. La « plus grande du monde » n’est pas en question, mais qu’en est-il de l’aspect démocratique? L’Inde est dans les textes une démocratie multipartite, où le pouvoir est réparti entre des représentants élus et des technocrates permanents. Les élus déterminent les politiques du moment et les technocrates les mettent en œuvre.

En voilà un gouvernement qui est pas peu fier de lui: Voir la maxime sur le fronton « Government work is God’s work ».

Tous les analystes, locaux et étrangers, s’accordent pour dire que l’Inde a besoin de réformes économiques urgentes pour soutenir sa croissance en berne et mettre la bride à une inflation qui a pris le grand large (genre 10% par an). C’est donc sans surprise qu’on retrouve les politiciens assidûment abonnés à la une des journaux. La surprise en est par contre le motif: invariablement, l’un ou l’autre s’est fait épingler la main sous la table dans une affaire de corruption: concessions illégales de terrains miniers, attributions frauduleuses de terrains, vente du spectre 2G à un prix ridicule,… L’histoire se répète chaque fois à l’identique: la police en attrape un, confisque tout ce qu’elle peut, l’envoie derrière les barreaux. Le jour-même, il crie son innocence, sort sous caution pour un montant ridicule, et commence à effacer les traces. Des années plus tard, il est disculpé.

Si l’affaire prend un peu trop d’ampleur, ses camarades de parti éjectent la brebis galeuse du parti question qu’il ne ternisse pas les résultats des prochaines élections, et il s’en suit une interminable lutte de pouvoir par média interposés entre les uns et les autres. Tout au long de la saga, ils font preuve d’un zèle religieux irréprochable, apparaissent à chaque festival et redoublent de dons généreux au temple. Sans les sous-titres, on a l’impression de voir le film Le Parrain.

Question programme politique, c’est simple: Par exemple sur le sujet du changement climatique, l’Inde est en première ligne avec une activité économique fortement dominée par l’agriculture, à son tour très fortement sujette aux caprices des moussons. Un changement de trajectoire de la mousson pouvant mettre la moitié du pays dans la détresse et la famine, la ligne d’action pour les politiciens est limpide: Il n’y a pas de temps à perdre, il faut s’en mettre plein les poches le plus vite possible pour pouvoir se barrer le jour où ça tournera mal!

Qu’en est-il donc de la démocratie dans tout ça? On a déjà vu que le suffrage universel prête le flanc à la publicité et qu’il y a une corrélation (et une causalité) entre le résultat d’une élection et le magot électoral que les candidats investissent en publicité. Ici c’est plus efficace: ils ont supprimé l’intermédiaire et achètent directement les voix. Avec 60% d’analphabétisme, les partis achètent en vrac les voix par villages entiers. Au passage, on réduit aussi le coût des élections, puisqu’elles ne sont même pas organisées. Et dans les villes, la classe moyenne est assez peu passionnée par des élections entre le parti des corrompus et le parti des pourris et donc ne vote même pas du tout. Avec une fatalité très indienne, ils se contentent de la satisfaction que… en Chine, c’est pire.

Les gens qui ont une perspective plus historique que moi m’affirment que les choses sont en fait en progrès vers un mieux, que le gouvernement a son lot de politiciens intègres et que leur espoir de voir les choses s’améliorer s’appuie sur la véritable liberté de la presse, qui en effet a l’air de faire son travail correctement. Le changement vient aussi parfois de leaders charismatiques qui font une révolution tranquille, en général par voie de grève de la faim à l’instar de Anna Hazare et sa lutte contre la corruption dans le gouvernement.

 
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Publié par le 15/07/2012 dans Uncategorized

 

Bengaluru

Si des villes comme Rome ou Paris ont une longue et riche histoire qu’elles dévoilent au détour de leurs quartiers et leurs musées impressionnants, il n’y a rien de tel à Bangalore: l’histoire de Bangalore n’est pas faite d’empereurs, de rois ou d’artistes du passé, elle est faite d’entrepreneurs et de multinationales du présent. Bangalore n’a pas de musée pour retracer son histoire, parce que Bangalore est son propre musée et l’on voit l’histoire dans ses rues et ses quartiers, ses empires financiers qui se font et se défont en temps réel.

Une rue commerçante du centre

Le passé de la ville, c’est une petite bourgade marchande jumelée d’un cantonnement colonial britannique et une panoplie de petits villages qui sont avalés par la ville d’année en année à mesure qu’elle enfle sous la pression urbanistique.

Tout ce que la petite bourgade historique a pu léguer à la ville s’est rapidement transformé en chantiers de démolition pour faire place à des hôtels prestigieux et des centres commerciaux. Un de ces endroits, le marché de Russel, est dans le collimateur pour être rasé et remplacé par une tour de parkings. Un autre, un vieux cinéma, va faire place nette pour un méga-mall et multiplex.

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L’histoire militaire a quant à elle laissé en héritage de larges avenues bordées de grands arbres, que les riverains défendent âprement contre les autorités qui les abattent à tour de bras pour élargir les avenues en autoroutes urbaines, tunnels, viaducs et métro aérien. Il reste aussi d’énormes morceaux de terrain qui sont propriété de l’armée, qui hébergent des pelouses, des arbres, des lacs et l’une ou l’autre caserne. Si l’armée parvient à préserver ces endroits jusqu’à ce que la tempête immobilière se calme un peu, ils pourraient devenir les très prisés parcs publics de demain.

Devant: un chantier, à droite: un chantier, en-dessous: des travaux…



Tout le reste, c’est un corps adolescent qui grandit plus vite que sa peau, comme Hulk (mais nettement moins vert). Chaque fois que je vais me promener dans un quartier, je découvre un nouveau chantier: il y a en gros un chantier tous les 50 mètres. Dans la ville, on abat des maisons pour faire des appartements ou des hôtels; hors de la ville, ce sont les complexes d’appartements, tours de bureaux et centre commerciaux qui sont copiés-collés à l’infini…

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Une ville dans la ville… Le complexe de 10000 habitants de Shantiniketan.


Ces townships, pouvant abriter jusqu’à 10 ou 20 mille personnes en un complexe, répondent aux noms évocateurs de « Mediterranean Paradise » ou « Millenia Grandeur » (ou toute autre combinaison incluant Gold, Platinum, Green, Woods, Water, Prestige etc.) et offrent tout ce que la ville n’est pas: un quartier propre, sans trafic, des infrastructures de loisirs, un peu de verdure, le sentiment de sécurité et une population homogène. Enfin, dans ce dernier cas, il s’agit vraiment d’une population bi-homogène: les habitants d’une part et les servants, jardiniers, chauffeurs etc. d’autre, en proportions plus ou moins identiques (mais en espace habitable dans un rapport de 10 à 1 j’imagine).
Le complexe offre en général un restaurant, une épicerie, un centre sportif, des jardins et tout ce qu’il faut pour minimiser tout besoin de sortir de ses murs. La logique est même poussé jusqu’à jumeler les complexes d’appartements avec les tours de bureaux, question de rendre l’idée même de quitter le complexe totalement absurde, un peu à l’image d’une prison (retournée bien sûr).

L’immeuble d’appartements de luxe en face de chez moi, vision d’artiste et réalité en devenir. Appartements à saisir pour la pacotille d’un million de USD, si quelqu’un est preneur…

La majorité de ces complexes et immeubles sont construits dans une logique de profit à court terme et on voit un net gradient de décrépitude entre les prospectus avec la vision de l’architecte, les immeubles tout neufs, ceux qui ont 10 ans sans entretien derrière eux et ceux de 20 ans qui vont pas tarder à être abattus pour être remplacés par du plus beau, plus haut, plus cher.

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La tour de UB city, en vente suite à un revers malchanceux de son propriétaire.


Ca et là, l’un ou l’autre prend une place de choix et définit pour un temps la skyline de la ville, telle la tour de UB City, au nom de l’empire des brasseries du même nom, situées Rue Mallaya, du nom du milliardaire président du groupe. Tour qui est d’ailleurs en vente suite à la déroute financière du mogul de la bière dans ses activités aériennes et la faillite imminente de Kingfisher Airlines.

 
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Publié par le 04/07/2012 dans Bangalore

 

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